Abdoulaye Bio Tchané (ABT) se dévoile : « je peux me définir comme un enfant privilégié ! »
Il n’est plus un secret
que dans l’actualité politique nationale, le nom de M. Abdoulaye Bio Tchané (ABT) est de plus en plus cité dans
la perspective des prochaines élections présidentielles de 2011. Les articles
et coupures de presses foisonnent tant du côté de ceux qui appellent et
souhaitent vivement cette candidature, que de ceux qui crient encore plus fort
contre cette probable candidature. Mais pourquoi tant de passions ? Pourquoi
Abdoulaye Bio Tchané fait-il si peur ? Le connaissons-nous vraiment ? Surtout
nous autres de la jeune génération qui n’avions fait qu’entendre parler de ce «
brillant Ministre de l’Economie et des Finances de Kérékou II », qui aurait laissé
une empreinte véritable non seulement au sein du ministère dont il détenait le
portefeuille, mais aussi dans la mémoire collective de nos aînés.
Au-delà des passions
qu’il déchaîne, nous nous sommes rendus compte que Abdoulaye Bio Tchané est
presque aussi célèbre professionnellement, qu’effacé en tant que personne. Un
véritable « monument de discrétion ». Nous avons alors entrepris d’aller forcer
« fort knox », d’essayer de
voir sous la carapace…
ABT a bien voulu nous
recevoir. S’il a certes évité de nous répondre
clairement sur la question que tout le monde se pose, se contentant de son
désormais célèbre : « je suis citoyen comme tout le monde… » appuyé
d’un sourire malicieux, il nous a fait cependant l’honneur, eu égard à son
emploi du temps très chargé, de nous accorder une série d’entretiens. Nos
entretiens se sont déroulés en toute simplicité, tellement simplement que cela
en était déroutant. Nous vous livrons ici, la première dans laquelle
Abdoulaye Bio Tchané se dévoile à nous : son enfance, l’écolier, le collégien,
le bachelier… tout y passe.
Mais qui est vraiment
Abdoulaye Bio Tchané ? Découvrons-le ensemble.
L’équipe du site ABT2011.com : Bonjour
M. Bio Tchané ! Vous permettez-nous de vous appeler «ABT» ?
Abdoulaye Bio Tchané : Bonjour mes chers amis. Je
n’y vois aucun inconvénient, mes amis m’appellent ABT.
ABT2011.com : Merci ABT de nous
recevoir et d’accepter de nous parler un peu plus de vous et non de la BOAD, de notions lointaines
comme l’endettement ou la crise économique, non pas de 2011 même si nous avons
compris que « vous êtes un citoyen
comme tout le monde… », mais de vous et uniquement de vous, comme vous
ne l’aviez jamais fait encore auparavant.
Ainsi, ABT nous connaissons l'ancien Directeur des Etudes
de la BCEAO, l'ancien
Ministre de l'Economie et des Finances, l'ancien Directeur Afrique du FMI et
l'actuel Président de la BOAD,
mais d'où nous vient l'Homme ?
ABT : (sourires) Je suis né le 25 octobre 1952 à Djougou. On
voit parfois Parakou, parfois Djougou ! (Sourires). Mais il s'agit d'une erreur
qui vient de loin. Elle s’est glissée dans ma biographie officielle, lors de ma
nomination au Ministère des Finances. Hélas, je n’ai pas encore le don
d’ubiquité et c'est l'occasion de préciser que je suis né à Djougou même si
pour un tas de raisons, j’aurais voulu naître partout au Bénin.
Mon feu père, paix à son
âme, s’appelait Hadj Moussa Bio Tchané.
Il a été instituteur puis administrateur. Nous habitions à Djougou. Mais de
fait, sa fonction l’amena à faire beaucoup de villes au Bénin.
Quant à ma mère, elle
s’appelle Hadja Lamissi Bio Tchané.
Sa profession a été à plein temps, de nous élever, et de s’occuper de sa maison
et de son foyer. De nos jours on parlera de profession : « ménagère ».
De mon enfance, je garde de
bons souvenirs familiaux. Il y avait une véritable entente cordiale et de
complicité à la maison à Djougou. Ma maison familiale est dans le marché. Donc
tous les 5 jours pour ainsi dire, je voyais venir du monde autour et dans la
maison. Je peux ainsi vous raconter milles et une anecdotes.
Je me souviens également
de nos parties de belotte familiale avec mon père, et bien sûr les prières.
A l’époque, mon rêve
était de gérer une entreprise commerciale.
ABT2011.com : Quels souvenirs gardez-vous de
vous de l'écolier Abdoulaye Bio Tchané ?
ABT : Je suis allé à l'école pour la première fois en 1958.
Je me rappelle de la sieste que j’étais obligé de faire malgré moi à la
maternelle. Je n’avais pas pris en effet l’habitude de faire une sieste régulière,
avant d’entrer à la maternelle.
Pendant quelques mois,
j’ai fait l’Ecole des sœurs catholiques de Djougou. Mais comme de nombreux
enfants à Djougou à l'époque, je faisais parallèlement l'école coranique.
C'était chez Alfa Maître Daouda Tabé. La rigueur, est le
principal acquis que j'ai gardé de cette expérience. Vous savez, à l’époque
l’art du maniement de la « chicotte » était très en vogue, et mes oreilles s’en
souviennent encore (Sourire).
Je crois que j’étais un
écolier assez studieux et plutôt joyeux et j'allais bien volontiers à
l’école, car j’aimais beaucoup jouer à l’époque.
J’ai particulièrement été
marqué par mon maitre Clément du CE du fait de son extrême gentillesse, de même
que mon maître du CM1, M. Soumanou Amadou, avec qui j’ai gardé d’excellentes
relations jusqu’à son décès pendant que j’étais au Gouvernement. Au CM2,
l'extrême rigueur du maître Yimbéré
est restée dans nos mémoires à moi et mes camarades de classe (sourires).
Hélas, tous ces
enseignants sont décédés malheureusement.
ABT2011.com : ABT, pouvez-vous nous parler de
vos amis d'enfance ?
ABT : Je m’entendais bien avec les enfants de la famille DJARRA :
Kouka et Amadou alias « Vive ». Comme tous les enfants de mon âge à l’époque,
nous aimions beaucoup jouer. J’avais aussi deux bons amis ; l’un de la
famille CANDE et l’autre de la famille GNANDELY, qui a travaillé plus tard à
Air Afrique.
ABT2011.com : Mais vous ne faisiez pas que
jouer ; que vous apprenait-on à l'école ? : Vos ancêtres étaient-ils
gaulois ?
ABT : Non, on nous apprenait certes des textes français, mais
aussi des textes de Camara Laye,
notamment « L’enfant noir »
qu’il a écrit en 1953 si ma mémoire est bonne. C'était la période juste avant
l'indépendance. J’étais encore à Djougou en 1960, mais bien trop jeune à
l’époque pour avoir une grande conscience des enjeux historiques de
l’indépendance. J’entendais par exemple parler du Général De Gaulle, mais je
dois avouer que je savais juste que c’était le Président de la France, pas plus.
ABT2011.com : Mais connaissiez-vous les
premiers présidents de la
République du Dahomey nouvellement indépendante ?
ABT : Là, oui j’en connaissais un bout car j’ai été bercé dans la
politique. En effet, mon père
a aussi été Député et Ministre
des Finances. Ainsi,
j’ai suivi par procuration les premiers pas de notre premier président M. Hubert MAGA. Mon père me parlait
souvent aussi des autres présidents : M. Sourou Migan APITHY et M. Justin AHOMADEGBE. Bien évidemment, je suivais aussi l’actualité
des différents soubresauts de nos jeunes années d’indépendance, avec les
différents coups d’Etat, même si je ne suis pas un historien pour vous en
parler avec tous les détails.
ABT2011.com : Avez-vous redoublé une classe ABT
?
ABT : Oui, j’ai dû reprendre le CM2. Pas forcément parce que
j’étais faible mais parce que notre
directeur d’école ne présentait à l’époque au concours que ceux pour lesquels
il était sûr qu’ils réussiraient.
ABT2011.com : Globalement, que retenez-vous de
votre enseignement primaire ? Avez-vous quelques anecdotes qui vous reviennent
?
ABT : Mon enfance se confond avec l’école primaire, les jeux, les
vacances. Je puis ainsi dire que j’ai eu une enfance heureuse.
Nos enseignants étaient
très compétents. Même si parfois, nous avions peur de leur sévérité.
Que puis-je vous dire
d'autres ?
J'allais à pieds à
l’école « Urbaine centre de Djougou » qui n’était pas loin de ma maison
familiale. Au début je ne recevais pas d’argent de poche. Puis j’ai peut être
reçu 5 F CFA ou 10 FCFA au cours moyen par jour, ce qui était correcte à
l'époque, mais pas assez pour en mettre de côté (sourires). Il faut préciser
que je déjeunais à la maison avant d’aller en classe.
J’adorais et j’adore
aujourd’hui encore la bouillie de mil. A l’école j’aimais beaucoup manger du
ragout d’igname communément appelé «boussa » qu’une
de mes tantes éloignées vendait aux écoliers.
ABT2011.com : Aviez-vous des activités
extrascolaires ? Etiez-vous proche du monde rural ?
ABT : Mise à part l’école coranique, j’aimais bien jouer au
football. J'ai aussi un peu pratiqué des activités champêtres, car
mes oncles avaient des fermes. Celle de mon oncle paternel était dans la
banlieue de Djougou et nous y allions chercher des œufs de pintades sauvages.
J’en ai d’ailleurs gardé un très bon souvenir (sourire).
Je tiens mon affinité
avec le monde rural de cette époque-là. Il faut dire que mon père est né à Sèmèrè
et qu'il était resté très attaché à ce village à une cinquantaine de kilomètres
de Djougou, dans la commune de Ouaké. J’ai d’ailleurs retrouvé dans ses
archives un mémoire où il narrait son départ de Sèmèrè qu’il avait vécu comme
un drame mais aussi comme une promotion sociale car seuls les meilleurs
écoliers étaient à cette époque envoyés à l’école « régionale » de Djougou.
J’allais donc de temps en
temps à Sèmèrè et aussi à Dompago d'où venait ma mère.
ABT2011.com : Parlez nous de vos premiers pas au
collège.
ABT : Je me rappelle d'abord du concours d'entrée en 6ème car
il m’a permis d’entrer au Lycée Béhanzin, à Porto-Novo où n’étaient
admis que les premiers du concours d’entrée en 6ème. A l'époque, en
1965, on ne parlait plus de Victor BALLOT, mais du Lycée "Béhanzin ".
Nous étions très fiers, car
dès le premier jour, on nous disait privilégiés d’être dans cet
établissement. Les "behanzinois", étaient en effet à peu
près l’élite des lycéens du Dahomey. Mais cela ne nous a pas empêché de subir
le fameux « bleuissement » à l'entrée. Heureusement que j’avais un « suant »
qui me protégeait (Sourire).
J'ai passé mes 7 années
au Lycée en régime internat. A l’époque les meilleurs des meilleurs, soit à
peu près les 40 premiers, étaient retenus pour la classe de 6ème classique.
J’ai pour ma part été automatiquement orienté en moderne. Ce ne fut donc
pas un choix personnel, mais j’adorais les maths où j’excellais !
ABT2011.com : D'où vous vient ce goût pour les
chiffres ?
ABT : Je crois que ça doit être un héritage génétique (sourire).
Mon père avant moi, aimait aussi les chiffres et il a d'ailleurs été comme je
vous le disais, Ministre des Finances.
Mais vous savez, j'ai
aussi un penchant pour les lettres ; surtout les langues étrangères, qui m'ont
notamment servi dans le domaine professionnel.
ABT2011.com : Saviez-vous à l'époque que vous alliez
vivre aux USA un jour ?
ABT : Non je n’avais jamais envisagé de vivre ailleurs qu’au
Bénin. En fait j’ai décliné la première occasion que j’ai eue à la sortie du
centre de formation de la BCEAO ainsi
que d’autres par la suite. J’ai toujours aimé les voyages mais je n’ai
jamais envisagé l’expatriation. Quand je me suis par la suite expatrié c’était
à chaque fois pour des raisons particulières.
ABT2011.com : Que pouvez-vous nous dire de la
mixité et de la laïcité au Lycée.
ABT : Le lycée Béhanzin n’était pas vraiment mixte à l'époque : ce
n’était pas la politique de la maison. En fait ma première expérience de mixité
remonte à ma classe de 3ème.
Les jeunes filles étaient
à l’époque au lycée Toffa 1er de
Porto-Novo, où je me rendais les dimanches. Le fait d’y avoir deux de mes sœurs
me donnait en effet, un accès privilégié (sourires).
Le Lycée Béhanzin était
un bon modèle de mixité sociale et le fait d'avoir passé 7 années
ensemble, cela nous a rapprochés. On riait beaucoup avec mes copains de classe
et de promotion.
Pour ce qui est de la
laïcité, à Béhanzin chacun pratiquait librement sa religion. Je me souviens que
le lycée nous facilitait par exemple le jeûne au cours du mois de Ramadan.
J’avais aussi de nombreux
amis chrétiens et la religion était vécue comme une affaire personnelle.
Pour moi qui viens d’une
maison où nous avions aussi bien des catholiques que des musulmans, cela
allait de soi. Je dois
en effet vous préciser l'exceptionnelle diversité régionale et religieuse au
sein de ma famille. La 1ère femme de mon père est en effet de Covè dans le Zou et catholique. Sa 4ème femme est de Porto-Novo et
nous avons grandi dans une maison où tout le monde vivait et parlait plusieurs
langues et pratiquait soit le Catholicisme ou l'Islam. Ainsi Comlan, mon deuxième prénom me vient de
ma belle-mère de Covè.
ABT2011.com : Vous souvenez-vous de certains de
vos amis et camarades du lycée ?
ABT : Oui comment ne pas m’en souvenir. Il y a Marouf avec qui nous avons passé 5 ans
au lycée puis fait l’Université à Dijon. Il y a Raouf avec qui nous avions eu nos lits côte à côte de la 6ème
jusqu’en 3ème. Il y a Dramane qui est
aujourd’hui professeur de maths à l’Université de Calavi; Roger qui est aujourd’hui dans les télécoms en France ou encore Bertin, un espiègle à l’époque qui vit
aussi en Europe... et la liste est longue.
Nous avons gardé des
liens, mais on se voit moins pour des raisons professionnelles.
ABT2011.com : Comment correspondiez-vous à cette
époque où le mail n'existait pas encore ?
ABT : L'avènement du mail est très récent en effet. Il n’y avait
que les lettres qu’il fallait envoyer par la poste. C’était intéressant car il
fallait attendre, apprendre la patience. Le téléphone n’était pas développé non
plus.
C’est formidable la
révolution introduite par les NTIC. Quand je vois aujourd’hui la facilité et la
vitesse avec laquelle on peut communiquer et échanger sur internet !
ABT2011.com : En quelle année aviez-vous eu
votre BEPC ?
ABT : En 1969 : je m’en rappelle car nous étions en pleine grève
scolaire et que le lycée était fermé. Nous avions eu à peine quelques jours
pour nous préparer. Cette période me rappelle d'ailleurs mon professeur
d’espagnol de 4eme, Monsieur Folly. Il m’a marqué car il était très jeune à
l’époque et faisait aussi partie d’un groupe de jeunes diplômés qui revenaient
d’Europe. Ils allaient marquer par leurs idées la grande grève que nous avons
vécue.
ABT2011.com : 1969, c’est aussi l'année où les
astronautes de la mission américaine Apollo II ont marché sur la Lune. Aviez-vous vu cet
événement historique planétaire ?
ABT : Oui, bien sûr. J’étais en vacances à Dassa-Zoume, chez mon père qui y était
affecté comme sous préfet.
ABT2011.com : A propos des USA dans la même
époque, aviez-vous entendu parler du Président Kennedy ?
ABT : Oui, la mort du Président Kennedy est l’un des événements
qui m'a marqué plus tôt. C’était en 1963 et je me souviens que j'étais encore
au primaire.
Mais même au lycée, sa
vision de l’Amérique et du Monde interpelait encore ma jeune conscience. M.
Kennedy était incontestablement de la trempe des grands leaders. Il
avait une vision et de la méthode. Aujourd’hui
encore, je peux vous réciter en anglais son discours de prestation de serment.
ABT2011.com : Quels
étaient vos loisirs de collégiens ?
ABT : Je suis entré dans un club en 1ère puis en
ai pris la direction en terminale. Je me suis mis au basket-ball et j’ai continué avec le Football mais je n'étais
pas aussi doué que mon grand frère Idriss qui a joué avec GASAPA, l’équipe de
football du Lycée Béhanzin. Il a
d’ailleurs par la suite évolué pour devenir le capitaine des Dragons de l’Ouémé et de l’équipe nationale de football du Bénin.
C'était une fierté pour la famille.
J’ai aussi continué à
jouer à la belotte, qui comme vous pouvez l’imaginer, me rappelait mon père. Je
ne voyais mes parents à l'époque que pendant les vacances ou alors quand ils me
rendaient visite à mon lycée. Mais cette séparation m'a aussi permis de
connaître de nombreuses localités du Bénin. En effet, pendant les
vacances, mon temps était partagé entre les voyages à l’intérieur du
Bénin, le football et la belote. Du fait des affectations de mon père, j'ai eu
la chance de vivre non seulement à Djougou
et à Porto-Novo, mais aussi Cotonou, Parakou, Dassa-Zoumé, Tanguiéta ou Kétou.
J’avais aussi d’autres
centres d'intérêts, comme la musique, le jeu d’échecs ou encore les « parties », c’est-à-dire des soirées
dansantes que nous organisions avec les amis. A l'époque nous écoutions pour
ainsi dire, surtout de la
Musique Africaine, mais aussi Noire Américaine.
ABT2011.com : Aviez-vous continué à aimer la
bouillie de mil au lycée et ainsi éloigné de votre mère ?
ABT : Bien sûr ! Comme je vous le disais, j’aime encore à ce jour,
la bouillie de mil. Mais au lycée, j’aimais bien aussi la pate de gari, le
« Eba » (Sourire).
ABT2011.com : En quelle année avez-vous
eu votre Baccalauréat, et quels souvenirs en gardez-vous ?
ABT : J’ai eu mon baccalauréat en 1972. C’était assez stressant
comme passage, car il n’était pas question de le rater. D’une part en effet,
j’étais parmi les meilleurs de ma classe et donc un échec aurait été une
catastrophe et d’autre part, parce que j’étais comme, certains amis, pressé de
commencer l’Université que nous entrevoyions comme un espace de liberté.
J’avais un groupe de
travail composé de quelques camarades avec qui nous révisions les
épreuves surtout de mathématiques et de physique. Vu que je me débrouillais
plutôt bien avec les maths comme je vous le disais, j’ai naturellement continué
vers la série « C », pour laquelle les mathématiques constituaient la
principale matière.
J’ai eu une mention «
Assez bien » et avec le recul, je crois que je peux me définir
comme un enfant privilégié. En effet, tout au long de ma scolarité, j’ai
eu la chance de bénéficier aussi bien dans ma famille qu’à l’école d’un
encadrement de qualité. Et je le reconnais, c’est une chance.
Il faut préciser que
cette réussite a fait aussi la fierté de mes parents et surtout de mon
père qui a financé totalement mes études secondaires car il était dans une
tranche de revenus qui ne me permettait pas d’être boursier au lycée.
ABT2011.com : Aviez-vous à cette époque changé
d'avis sur ce que vous vouliez faire comme métier ?
ABT : Non, je voulais toujours diriger une entreprise. Il faut
dire que cette idée ne m’a pas quitté depuis le primaire, et s’est au contraire
renforcée au Lycée. On peut dire que j'ai été tenace sur la question.
ABT2011.com : L’année de votre Bac est
historique au Bénin. Le 26 octobre 1972, il y a eu la Révolution : Où
étiez-vous ?
ABT : J’étais déjà en France après mon baccalauréat.
A l’époque comme la
plupart des étudiants, nous avions acclamé la révolution. Et nous
attendions avec enthousiasme les nouvelles des décisions salutaires que prenait
le gouvernement.
Une anecdote marque pour
moi la révolution : j’avais, un an avant la révolution, réussi à l’examen du
permis de conduire en 1971 et toutes les démarches entreprises pour recevoir ma
carte avaient été vaines. Avec l’avènement du GMR [NDLR : Groupement Militaire Révolutionnaire] j’ai donc écrit au
nouveau ministre pour me plaindre et quelle ne fut pas ma surprise de recevoir
dans mon courrier quelques semaines après, sa réponse… avec mon permis. Cette leçon m’est restée et m’a inspiré 26 ans après quand j’ai
intégré le Gouvernement KEREKOU.
ABT2011.com : ABT, maintenant, nous
allons vous donner pêle-mêle quelques noms de personnalités publiques et vous
allez nous dire en quelques mots si vous les avez connu ou croisé au Lycée.
Connaissiez-vous à l’époque Me Adrien Houngbedji ?
ABT : Non, pas du tout à l’époque car il a fait lui, le Lycée
Victor Ballot plutôt ; c’est-à-dire avant nous et le changement d’appellation.
ABT2011.com : M. Nicéphore Soglo ?
ABT : Oui, mais pas personnellement.
ABT2011.com : M. Pascal Koukpaki ?
ABT : Oui, il avait un an sur moi.
ABT2011.com : M. Idriss Daouda ?
ABT : Non, du tout à l’époque.
ABT2011.com : M. Yayi Boni ?
ABT : Non, je crois qu'il a dû faire le Lycée Mathieu Bouquet de
Parakou.
ABT2011.com : M. Yacouba FASSASSI ?
ABT : Oui, en classe de première. Il venait du Gabon.
ABT2011.com : Une autre personne publique
actuelle ?
ABT : Je connaissais bien le Dr Tchalla :
un homme courageux. Il avait eu une grave fracture du bras
et avait dû réapprendre à écrire de la main gauche, ce qui ne l’a pas
empêché de réussir brillamment par la suite.
ABT2011.com : Avez-vous des regrets, de la
nostalgie de cette époque ?
ABT : Non, je n’ai aucun regret. Nostalgique de mes années
de lycée, certainement. En fait je vivais chacun de mes départs du lycée pour
les vacances comme un véritable deuil.
ABT2011.com : Pour finir avec cette époque de
votre vie, qui recouvre 20 ans, quel bilan pouvez-vous faire ?
ABT : D’évoquer ces souvenirs avec vous, (l'occasion ne m'a
presque pas été donnée, vu que mes camarades et moi sommes dispersés aujourd’hui
pour des raisons professionnelles) Je peux dire que j’ai eu une enfance heureuse, et que j’ai grandi dans un cadre
rigoureux. J’ai eu beaucoup de chance comme je l’ai souligné, d’avoir eu un
cadre familial et scolaire qui m’ont enseigné la rigueur et le travail, surtout
le travail bien fait. Mon père me disait : « tu peux faire ce que veux, mais sois le meilleur dans ce que tu
choisis ». Et c’est aussi ce que j’ai retenu de l’école des sœurs
catholiques de Djougou, de mon Maître coranique et enfin du Lycée Béhanzin de
Porto-Novo, le meilleur du Dahomey à l’époque.
Mes parents m’ont
enseigné des valeurs morales, parmi lesquelles l’intégrité, l’humilité, le sens
de l’honneur et du respect de la parole donnée. L’école a ajouté à cet
enseignement, le sens de l’amitié et de la solidarité. Peut-être aussi le sens
de l’humour (sourire).
J’ai retenu aussi du
Lycée, qu’il y a un
temps pour faire chaque chose, et que chaque chose doit être faite en son
temps…
ABT2011.com: Nous vous remercions d'avoir accepté de
répondre à notre interview.
ABT : C'est plutôt vous que je dois
remercier pour votre initiative. Vous
avez réveillé en moi de grands souvenirs. (Sourires).