Bien souvent, dans le passé, nous trouvons des réponses, sinon des pistes de réflexions pour en savoir plus sur un homme, ses principes, sa façon de travailler. Toutes choses rassurantes, quant à son aptitude, pour l'avenir, à conduire les affaires publiques. C'est ainsi, que la lecture de cet article, écrit par M. Camille Amouro, déjà depuis janvier 2002, peut permettre à tout un chacun de se rendre compte, que ABT, n'est pas un amateur, ni un autre banquier, un de plus, qui viendrait tel un messi, depuis Lomé... avant que le peuple Béninois ne se réveille avec la "gueule de bois", des lendemains qui déchantent ! Appréciez....
LA LETTRE DES DIASPORAS
Bulletin de liaison hebdomadaire éditée par La Médiathèque des diasporas N° 26, du 17 au 23 janvier 2002 Battre la campagne pour chasser les mythesEDITORIAL : Abdoulaye Bio Tchané De source digne de foi, j'apprends que l'actuel ministre béninois des Finances, Abdoulaye Bio Tchané, quittera son poste d'ici à quatre semaines. Dans un bilan de l'année 2001 proposé par la presse béninoise, notamment, un classement du quotidien Le Matin, cet homme a pourtant gardé intacte la quote de popularité qu'il a acquise seulement quelques mois après sa nomination à ce poste. Jamais au Bénin, un homme n'avait à ce point suscité une si large unanimité sur son efficacité, sa conscience professionnelle et sa discrétion. C'est que, banquier et économiste, Abdoulaye Bio Tchané, la cinquantaine, de confession musulmane, je crois, père de famille, est un homme de métier et d'action. Il a abordé sa carrière dans les finances, sans tambour ni trompette, avec une évolution constante, dans des institutions régionales d'Afrique avant d'être nommé ministre dans le deuxième gouvernement de Mathieu Kérékou après que ce dernier est revenu au pouvoir en 1995. A ce moment, peu de Béninois connaissait cet homme, en dehors des milieux financiers et internationaux. Il n'avait pas de couleur politique, comme on dit au Bénin. La presse spéculative a beau chercher des points d'accroche, comme c'est de coutume, elle ne pouvait comprendre ce qui l'a fait entrer dans un gouvernement très politique composé de tendances bien connues. Elle n'a même pas flairé que son propre père avait été un homme politique ayant occupé de grands postes dans d'anciennes administrations, au lendemain de l'indépendance. Elle ignorait aussi qu'il appartient à une des communautés socioculturelles les plus minoritaires du Bénin. Puisqu'il répondait, de par sa carrière, à ce principe répandu et parfois perçu avec trop de simplicité, de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut, cette presse s'est vue contrainte de le laisser travailler. Aujourd'hui, tout porte à croire qu'il ne demandait que cela. Il commence d'abord par s'entourer de collaborateurs compétents, comme est capable de le faire seul une personne connaissant effectivement son terrain et ayant le sens du management. Puis, il s'appuie sur des cadres efficaces, toutes tendances politiques confondues, parce qu'il savait que cela pouvait exister. Il nettoie ensuite son propre ministère et instaure un climat de travail basé sur la reconnaissance et l'encouragement des meilleurs, la sanction absolue des fautes. Tout ceci aurait l'air si simple pour quiconque a les notions nécessaires du management si ce n'était pas dans un pays où la corruption, le népotisme et la suspicion permanente étaient les règles absolues de la bonne conduite des administrateurs. Sur le plan technique, cette façon de travailler en équipe a abouti, selon les spécialistes, à un assainissement des finances du Bénin et à une croissance stable, pour emprunter ces termes barbares. En plus des spécialistes pourtant, commençait à se dessiner une unanimité politique qui s'explique entre autres par l'attitude du ministre devant les deux graves conflits survenus au cours de son exercice. Un conflit social initié par les fonctionnaires qui réclamaient un examen à la hausse de leurs indices de salaires, en révision de dispositions antérieures relatives à l'ajustement structurel ; et un conflit politique et économique suscité par le ministre lui-même au sujet d'une privatisation au cours de laquelle les règles de l'orthodoxie bancaire n'auraient pas été respectées. Face à ces deux conflits, il a adopté une attitude de fermeté et d'explication, n'hésitant pas à se mettre sur le dos des membres du même gouvernement. La crainte d'une grande inflation et l'impossibilité pour le gouvernement d'assurer une croissance nécessaire pour financer la satisfaction de ces revendications en plus des efforts notables déjà consentis pour, en quelques maigres années, élever le salaire des fonctionnaires béninois au troisième rang en Afrique de l'Ouest, justifiait sa position sur le premier conflit à l'issue duquel, pour dire les choses rapidement, les fonctionnaires ont gagné sans qu'il ait perdu. L'histoire lui a donné raison, mais sans baisser les bras, il essaie de raccommoder des brèches pour la maîtrise de la hausse des prix observée peu après. En ce qui concerne le second conflit, il concernait la privatisation de la société qui commercialise les produits pétroliers au Bénin. Seul contre tous, le ministre a été ferme au point de demander une expertise internationale. Les banquiers qui ont prêté de l'argent au puissant homme d'affaire béninois pour acquérir cette société ont été sanctionnés par une interdiction d'exercice dans la zone ouest africaine, à l'issue du processus. Malgré les divergences ouvertes entre lui et le chef de l'Etat, au sujet de ce conflit, ce dernier l'a maintenu dans son gouvernement, par flair, par maturité et sans doute aussi par honnêteté. Et, surprise pour ceux qui voudraient ne voir en lui qu'un technocrate froid, le ministre a dirigé la campagne de Mathieu Kérékou, dans l'une des douze régions du Bénin, pour la dernière élection présidentielle. Cette campagne a également permis de savoir qu'il était un grand rassembleur, un politique fin et un stratège habile. Ses résultats évidents, son attitude de fermeté par rapport à la gestion de la chose publique, sa maîtrise du management de l'administration financière, son sens de la communication, avaient fini par faire de lui l'alternative, dans la recherche d'une relève politique au Bénin. Des hommes politiques qui ont du flair le voient déjà comme le futur chef de l'Etat béninois. Les plus lucides cherchent à se rapprocher de lui, les autres font courir la rumeur qu'il est imposé au Bénin par des réseaux internationaux. A ces critiques, beaucoup répondent: "Et alors! Pour une fois qu'ils nous en impose un de qualité!". Voilà très globalement, l'homme que Mathieu Kérékou se verra obligé de sortir de son gouvernement dans quelques semaines. Et pour cause. Abdoulaye Bio Tchané devra occuper la fonction de Directeur du département Afrique du Fonds monétaire international, une promotion pour l'Afrique de l'Ouest vues les qualités intellectuelles, éthiques et morales de l'individu et son souci plus que concret de l'intégration régionale, et ce, malgré nos réserves sur l'intérêt de ce genre d'institutions. Nous pouvons être concernés par tout ceci parce qu'il s'agit d'un homme qui dément, par son action, deux grands préjugés : celui du technocrate froid et celui du banquier borné. Car homme du système qui, d'après une théorie de la qualification que je développais ici même, il y a quelques semaines, est un exemple, Abdoulaye Bio Tchané a également d'autres atouts. Son intérêt pour les arts et les cultures d'Afrique en est un. Il est un des deux ou trois ministres de tous les gouvernements béninois, en poste, à se rendre régulièrement dans une librairie, un jour de repos, sans apparat et sans se faire remarquer. Il visite des expositions - et non les vernissages, se renseigne sur les spectacles, lis les journaux, visite en anonymat les couches pauvres des populations, ce qui lui permet de se rendre compte de la réalité non coloriée par le fait que quelqu'un l'aurait reconnu… bref se comporte, tout en étant dans ses fonctions, comme un homme normal, donc finalement comme un mythe. Il a même initié, au sein de son ministère, des activités artistiques périodiques (spectacles, expositions) au bénéfice de ses collaborateurs. Ceci ne l'empêche pas de visiter régulièrement La Médiathèque des Diasporas, lieu où je l'ai découvert pour la première fois, un samedi, au volant de sa voiture banalisée, à une exposition où un de mes collaborateurs m'apprend qu'il était le ministre des Finances.
Camille Amouro
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